Une vie Nouvel à Sarlat

Entre concours mondiaux, gratte-ciel et commandes prestigieuses –tel Louvre Abou Dhabi –, le Pritzker 2008 Jean Nouvel a réaffecté spectaculairement une église abandonnée de tous en Dordogne. Le traitement du porche rappelle une autre intervention contemporaine à Lille sur un lieu cultuel bien vivant. De beaux objets d’inspiration pour nombre d’édifices à désacraliser sur le sol belge…

En région Nouvelle Aquitaine, dans le Périgord noir patrie de la truffe, étrange destin que celui de l’église Sainte-Marie de Sarlat (Dordogne). Après la Révolution française et ses coupeurs de têtes hallucinés, l’édifice est vendu comme bien national. Ses propriétaires successifs en feront une usine à… salpêtre, une boulangerie, un commerce de charbon, un bureau de poste puis un dispensaire. Des réaffectations plutôt inusitées. Plus tard, on en démolira le chevet pour en vendre les pierres. Même ainsi martyrisé, l’ancien lieu de culte est classé au début du XXe siècle et joue les hôtels des Postes jusque dans l’entre-deux-guerres.

Une nouvelle fois, il sera ensuite abandonné à son sort. L’ex-lieu cultuel va pourtant renaître de ses cendres grâce à un enfant du pays : l’architecte Jean Nouvel (Euralille ; parc d’aventures scientifiques Pass > Frameries ; Musée quai Branly et Philharmonie > Paris, …). Spectaculairement, délaissant gratte-ciel et concours d’architecture planétaires, le Pritzker 2008 transforme les lieux en marché couvert et espace culturel début XXIe siècle. Avec Philippe Oudin, architecte en chef des Monuments historiques qui s’occupe de l’enveloppe, l’auteur du Louvre Abou Dhabi (écho du 13/9 > FA web) ajoute un vocabulaire contemporain – métal et verre – aux empreintes d’un passé très tumultueux.

Tôles noires lisses 
Tels deux portiques géants d’écluse (7 tonnes chacun), les monumentales portes en acier anthracite de 17 m de haut déclenchent d’enfiévrées polémiques. Les mezzanines culturelles logées dans l’abside, itou. Que dire de l’ascenseur belvédère panoramique édifié dans le clocher en 2012 par AJN (tour virtuel ici) ? Entre-temps, les polémiques s’essoufflent. Désormais le pays sarladais attire… 2 millions de visiteurs l’an. Jean Nouvel n’y est pas étranger. Son jeu d’écriture a peut-être puisé une partie de son inspiration à 100 km de nous : « la Treille », église-mère du diocèse de Lille (vidéo ici) constitue un pôle à la fois touristique et cultuel couru.

Mur de marbre 
Expos et manifestations culturelles, musicales, etc. font de cette cathédrale ND de la Treille, achevée mi-XXe siècle, un haut lieu de vie du Vieux Lille. Mais surtout, tranchant avec le reste, la spectaculaire façade a été confiée à l’agence Pierre-Louis Carlier et Peter Rice (opéra Sidney). Dans les années 90, le duo a opté pour la fermeture des trois nefs par un revêtement en pierre-marbre translucide agrafé sur une ossature métallique. Au centre, l’ouverture de la nef principale est constituée d’un arc d’ogive conçu en forme de coque cylindrique, réalisé en béton armé et pierre agrafée, et fermé par voile de Véronique, rosace de Ladislas Kijno et portail de Jeanclos.

© AJN/OT Sarlat ; Ph.G. 

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