En plein choc des civilisations et d’un monde toujours plus globalisé, Louvre Abou Dhabi vote résolument pour son métier universaliste de dialogue. Signé par le Français Jean Nouvel, ce geste architectural inédit est ouvert au grand public depuis ce 11 novembre.  

L’architecte star Jean Nouvel (AJN ; musée Quai Branly, philharmonique de Paris, …) le maintient mordicus : il travaille à une architecture dissemblante, pour concevoir des réalisations qui divergent chaque fois, fondamentalement. A Abou Dhabi, ce concept est clair comme de l’eau de roche sous l’immense dôme en dentelle métallique gris composé de 9 couches. Elle chapeaute spectaculairement son Louvre des sables (écho du 13/9 > FA web). Depuis ce 11 novembre, le nouvel outil culturel est ouvert au grand public et rutile sur la pointe de l’île de Saadiyat, un simple banc de sable gagné sur la mer voici encore une décennie.

L’institution universaliste parisienne dispose donc désormais de deux antennes séparées par la Méditerranée et le golfe Persique: Louvre-Lens de l’agence Saana (Sejima + Nishizawa), ouvert en 2012 ; et désormais Louvre-Abou Dhabi (E.A.U.) qui fête l’événement pendant cette troisième semaine de novembre avec quantité d’artistes provenant des quatre coins du monde. Dont l’iconoclaste Chinois Ai Wei-Wei, dont la Fontaine de Lumière trône de toute sa splendeur en fin de parcours du nouveau musée à quelque 600 millions €.

Hub culturo-architectural

Par accord de coopération, la marque Louvre est notamment cédée aux lieux à 97.000 m2 pour 30 ans et valorisée quasi à… 1 milliard €. L’expo inaugurale bénéficie de l’expertise de treize institutions françaises, dont la BNF, le musée Rodin, Versailles et Chambord. Architecturalement, Nouvel a tenu évidemment compte des caractéristiques locales. « Les hommes résistent mal aux chocs thermiques. Les œuvres d’art aussi. Le Louvre Abou Dhabi a été influencé par des constatations aussi élémentaires », relève l’architecte au rang de ses intentions. Construit sur un archipel artificiel, son Louvre pétro-monarchique s’y élève comme un parasol pesant 7.500 tonnes, posé sur quatre piliers invisibles.

Totalisant 55 bâtiments (26 abritent les expos) aux sols en pierre d’Oman, le projet « ville-médina-musée » d’AJN est en effet basé sur ce signe majeur de l’architecture arabe. Une double coupole en fait, aux 180 m de diamètre, plate, perforée dans une matière tissée créant une ombre ponctuée d’éclats de soleil. L’esthétique du Louvre Abou Dhabi « se veut en accord avec sa fonction de sanctuaire des œuvres d’art les plus précieuses. » A terme, Saadiyat devrait mêler Musée national sheikh Zayed (Norman Foster + Partners), Musée consacré à l’art contemporain (Frank Gehry), et les encore hypothétiques Cité des arts (Zaha Hadid) et Musée maritime (Tadao Ando). Ses détracteurs parlent de Las Vegas des sables. (Ph. G.)

©  AJN 

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