Paris - JO 2014

Au contraire de ses voisins, notre plat pays a longtemps ignoré les pratiques du crowdfunding – financement participatif ou collaboratif –, surtout au service de son patrimoine scandaleusement laissé à l’abandon. Deux exemples très récents témoignent d’un renversement de la vapeur…

Un peu partout, le crowdfunding ou financement collectif participatif constitue une nouvelle manière de réunir des fonds pour financer une opération et la mener à terme. En matière patrimoniale, nos voisins – d’outre-Quiévrain comme chez les Anglo-Saxons – pratiquent l’exercice avec bonheur depuis bien longtemps. Chez nous, la frilosité était de mise jusqu’il il y a peu. Certes, nous regardions du coin de l’œil de récents exemples proches comme des maisons-corons à Roubaix voire certaines chapelles funéraires décaties et bradées à 1 €, pour en être le légitime propriétaire.

Cette modicité s’explique par l’impuissance affichée de pouvoirs publics exsangues, déléguant à autrui la mission de leur prêter une seconde vie. Le modèle fait désormais fureur en matière de protection du patrimoine, parent généralement pauvre chez nous des politiques publiques. Ainsi, entre Sablon, Palais de justice et quartier des musées, le Conservatoire royal de Bruxelles (1876), vénérable institution classée due à l’architecte Jean-Pierre Cluysenaar (Galeries-rues Saint-Hubert), souffre depuis des décennies d’un tragique abandon de la Régie des Bâtiments, gestionnaire du patrimoine fédéral (écho du 23/8/2017 > FA web).

Châssis à l’identique
Sur l’une des façades encadrant la cour d’entrée, rue Royale, une bâche exhorte le quidam à sortir de l’indifférence en adoptant un… châssis, contre dons. Elle invite à souscrire à la campagne de crowdfunding lancée pour les sauver comme murs et toitures de l’édifice classé au lustre à réactualiser. L’association Conservamus s’en occupe depuis une décennie. Il faut dire qu’un tiers des locaux a été interdit aux étudiants et au public par les pompiers ou d’autres spécialistes comme des architectes spécialisés. Pièces condamnées, plafonds béants, sols instables, gravats, châssis rongés et même escalier carbonisé vers la… loge royale, les exemples d’incurie fédérale n’y manquent pas. Jusqu’en 2011, on parvenait encore à y accueillir les jurés du concours reine Elisabeth !

Depuis, un business plan Conservatoire a été établi, à 60 millions €. L’accord de coopération Beliris et son bras exécutif ont lancé une série d’études exploratoires. L’appel à projets tarde pour permettre aux équipes d’architectes de proposer un plan d’action définitif sur les bâtiments à sauver. Sélection et marchés publics sont pourtant attendus pour 2019. ‘Crowdfundée’, la rénovation des châssis à l’identique devrait elle être bouclée pour le printemps 2019. En banlieue montoise, une idée similaire a germé dans le chef d’une asbl patrimoniale, pour sauver cette fois un… château.

Châtelain à 5 €
Havré constitue en effet un élément majeur du patrimoine wallon abandonné mi-XIXe siècle, en raison de l’extinction de la lignée des ducs De Croÿ. Marie de Hongrie, Rubens, Marie de Médicis ont fait étape dans l’opulente villégiature… Voilà quatre décennies qu’une poignée d’amoureux du lieu s’emploie à le restaurer, en l’absence de tout soutien direct Etat-Régions ou de mécène(s). Les membres des ‘Amis du château de Havré’ ont pris le relais. Auparavant, tout s’y écroulait. Tous les 10 ans, l’asbl parvient à financer une campagne de rénovation avec les moyens du bord.

Après l’extérieur, c’est désormais au tour de l’intérieur. L’asbl hennuyère dispose d’un permis d’urbanisme valide jusqu’en mars 2019. Pour trouver des fonds, l’association se tourne désormais vers la participation financière collaborative, inspirée de récents exemples hexagonaux. Une plate-forme crowdfunding patrimonial est venue à la rescousse. Fin de l’hiver dernier, tout don à partir de 5 € était pris en compte, par paliers. A chacun de ceux-ci, des contreparties étaient offertes: CP, entrées gratuites, visites privées, tickets d’entrées, privatisations pour séminaires, ….

© Conservatoire royal Bruxelles; D.R.

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